Le « Plamegate » de Bush
Après de longues semaines d'attente, les Républicains pensaient pourtant avoir échappé au pire. Karl Rove, l'éminence grise du président Bush, reste épargné malgré les soupçons pesant sur lui dans cette affaire. Du moins pour l'instant car le procureur spécial chargé de l'enquête, Patrick Fitzgerald, a d'ores et déjà indiqué que son travail n'était pas terminé. Depuis décembre 2003, cet homme s'efforce de déterminer qui, dans l'administration, a pu divulguer à la presse, malgré le crime fédéral que cela représente aux Etats-Unis, le nom de l'agent de la CIA, Valérie Plame, afin de discréditer son mari, Joseph Wilson, un ancien ambassadeur, critique virulent de la guerre en Irak.
Une enquête accablante

Patrick Fitzgerald semble d'ailleurs avoir donné à son enquête une envergure morale. « Quand le chef de cabinet d'un vice-président est mis en cause pour parjure et obstruction à la justice, cela montre au monde entier que ce pays prend ses lois au sérieux et que tous les citoyens sont tenus par la loi. La vérité est le moteur de notre système judiciaire. Si on transige avec la vérité, tout le système est perdu », a-t-il ainsi expliqué lors d'une conférence de presse au Département de la justice. Pour sa première apparition publique « M. Fitzgerald s'est placé au-dessus de la mêlée politique. Il s'est présenté comme un homme juste, raisonnable », rapporte le New York Times. En effet, lors de cette conférence de presse, il a surtout détaillé les faits qui l'ont conduit à accuser Lewis Libby d'avoir menti au FBI, tenté d'entraver le fonctionnement de la justice et menti sous serment au Grand jury qui l'a inculpé. Mais il n'a pas reproché à M. Libby d'avoir été l'auteur de la fuite qui a abouti à ce que le nom de Valerie Plame soit publié dans la presse le 14 juillet 2003, le responsable étant encore non identifié. Il a en revanche exposé les contacts que M. Libby a eus à ce sujet, et le constat est accablant : s'il avait voulu que l'identité de l'espionne soit publiée quelque part, il ne s'y serait pas pris autrement.
Les Démocrates ont bien évidemment saisi l'occasion pour critiquer abondamment les méthodes de l'administration Bush. Pour Nancy Pelosi, chef de la minorité démocrate à la Chambre des représentants, cette inculpation « marque un jour triste pour l'Amérique et un autre chapitre dans la culture de corruption des Républicains ». « Cette affaire est plus importante que la fuite sur des informations hautement confidentielles. Il s'agit de la façon dont la Maison Blanche de Bush a fabriqué et manipulé le Renseignement pour argumenter en faveur de la guerre en Irak et pour discréditer quiconque osait s'opposer au président », a pour sa part déclaré le chef de la minorité démocrate au Sénat, Harry Reid. Ce dernier considère qu'« il est temps que le président Bush réponde aux questions très sérieuses posées par cette enquête ».
Même si le procureur Patrick Fitzgerald a mis en garde contre les tentations de faire le procès de la guerre en Irak à travers son enquête, le débat sur le bien-fondé de ce conflit a automatiquement été relancé. « Le peuple américain mérite que le président Bush réponde directement sur le rôle que ses conseillers ont joué dans la manipulation du renseignement opérée afin de s'assurer un soutien pour la guerre en Irak, dans l'orchestration d'efforts pour calomnier les opposants à cette guerre et pour étouffer l'affaire », a ainsi affirmé la directrice de communication du Parti démocrate, Karen Finney.